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Roger Siffer
Date de naissance : 1948

http://www.rogersiffer.com

Dernière mise à jour de la fiche :
le 30/08/2017, à 12h50

Biographie
"Ma mère était du 68, mon père du 67, et moi je suis du 67,5, pour paraphraser Germain Muller", résume Roger Siffer. « Ma mère a passé sa vie à chanter. Elle faisait partie d’une chorale qui avait un répertoire franco-allemand. Elle est morte il y a un an et demi. Quatre jours avant sa disparition, on chantait encore sur son lit d’hôpital », raconte-t-il.

Son père a favorisé son ouverture au monde : « Incorporé de force, il a été blessé en Russie. Il avait toutes les raisons d’être anti-allemand, mais il m’a appris à avoir une ouverture d’esprit et à m’intéresser à nos voisins. »

Quant au goût pour la farce, cela semble atavique chez les Siffer : « Tout petit, j’ai été baigné dans cette ambiance qui régnait dans ma famille. Cela continue avec mes trois enfants, dont des jumeaux, que j’ai eus avec Susanne [Mayer] , et aussi avec les petits-enfants : ils font des farces tous les quarts d’heure ! »

Roger Siffer se souvient de sa première punition pour avoir parlé en alsacien au CP, dans la cour de l’école. Il a suivi sa scolarité à Villé jusqu’à la classe de 3e : « Je bossais comme un fou et j’étais toujours premier ou deuxième. » Il rejoint ensuite le lycée Kléber, à Strasbourg, comme interne : « Dès le premier jour, j’ai été collé pour le dimanche suivant ! »
Philo et bistrots

À cette époque où les minipull-overs étaient à la mode, il se laisse pousser la barbe et les cheveux, ce qui lui vaut des remarques désobligeantes, alors que, pour lui, c’est le signe de la liberté : « Chez les Celtes, les hommes libres avaient les cheveux longs, les esclaves avaient la tête rasée », pointe-t-il.

À sa grande surprise, il obtient l’autorisation de créer un club de jazz au lycée, dans un local où, en plus, il est permis de fumer. « C’est là que j’ai travaillé la guitare et découvert le blues. » Parallèlement, à Villé, il participe à un groupe de rock, Les Rubans rouges, qui se produit pour la première fois lors de la fête paroissiale à l’église Saint-Maurice : « Le curé, outré, a débranché la prise de notre ampli ! » Il se produit également à la MJC de La Vancelle, ce qui lui vaut le premier article d’une longue série dans la presse régionale.

Son esprit rebelle se manifeste, à la même époque, en s’opposant avec succès à la destruction du cimetière catholique en ruine de sa commune. Le bac en poche, il intègre la faculté de philosophie, où il commet « une escroquerie » , en présentant deux fois le même sujet sur Tocqueville, à deux professeurs différents. Il fréquente une équipe hétéroclite composée de chanteurs, de peintres, de poètes… qui passent leurs après-midi dans les bistrots. « On chantait, on animait, ensuite on passait une assiette pour récolter quelques pièces qui nous permettaient de nous autofinancer… »

« Germain Muller a été mon père spirituel »

Lors des vendanges, il note dans un carnet les chansons en alsacien entonnées dans les vignes. « J’ai commencé à chanter à trois voix des comptines en alsacien dans le restaurant strasbourgeois L’Arsenal, qui acceptait les gens qui faisaient la manche. Au début, les clients se demandaient si je me foutais de leur gueule, puis j’ai été hélé de table en table. »

Il est invité à la télévision avec le poète du Sundgau Nathan Katz. « Germain Muller a vu l’émission et m’a invité au Barabli. Il a été mon père spirituel, je l’ai d’ailleurs perdu la même année que mon père naturel. » Ce dernier ne considérait pas sérieusement l’activité de son fils : « Il me disait : tu ne travailles pas, tu joues ! Jusqu’au moment où j’ai laissé traîner volontairement sur la table la recette de la soirée, pour lui montrer ce que je pouvais gagner avec mes spectacles. »

Roger Siffer enregistre son premier disque à la MJC de la Meinau, en direct, entouré d’excellents musiciens : « Il y avait Pierre Moerlen, du groupe Gong ; Jean-Paul Céléa, le professeur de contrebasse du conservatoire de Paris ; Jean-Marie Sénia, qui a fait des musiques de film, notamment pour Fellini. Le disque s’est vendu à 40 000 exemplaires. » Ce succès le pousse à quitter Germain Muller pour créer son propre spectacle : « Je l’ai informé que je ne participerai pas à la saison suivante, un vendredi 13, ce qu’il m’a reproché… parce qu’il était superstitieux. »

Un soir de spectacle, Roger Siffer casse ses lunettes et les remplace par une vieille paire ronde appartenant à la grand-mère d’une de ses amies : son look définitif est adopté. « J’étais très à l’aise pour écrire en alsacien. J’ai donc commencé à écrire des chansons que je testais au restaurant de Triembach-au-Val, où venaient des gens de toute la vallée. » C’est ainsi que sa chanson Mademoiselle Anne-Marie fut lancée, avant de connaître un succès tel qu’elle fut reprise par tous les orchestres de bal. « Tout le monde pense qu’il s’agit d’un traditionnel, du coup, je ne touche pas de droits d’auteur quand des musiciens l’interprètent », s’amuse-t-il.
« Chante en français, on n’est pas en Bochie ! »

Roger Siffer se lance dans la chanson engagée, notamment contre l’installation d’une usine chimique à Marckolsheim, contre l’ouverture de la centrale nucléaire de Fessenheim. S’ensuivent des tournées dans toute l’Alsace, puis dans toute l’Europe, sans agent et ni impresario. Il est repéré par une maison de disques qui lui fait signer un contrat, pensant avoir trouvé un second chantre de la culture régionale, à l’instar d’Alan Stivell, le défenseur des traditions bretonnes.

« J’ai découvert à cette occasion l’antigermanisme primaire des Français. Vous pouvez écouter des chansons françaises en Allemagne, mais on n’a pas de chansons allemandes en France. Comme je chantais en alsacien, lors de mes tournées, des spectateurs m’interpellaient en me lançant : « Chante en français, on n’est pas en Bochie ! » C’est la seule frontière culturelle que je connaisse », fustige Roger Siffer.

Malgré cela, invité à la Fête de L’Huma, sur la grande scène où devait se produire Peter Gabriel le même soir, et où 40 000 personnes s’étaient massées, Roger Siffer rigole encore en se souvenant avoir réussi à leur faire rythmer ses chansons alsaciennes comme s’ils étaient à la fête de la bière de Munich.

En 1984, il décide, avec le soutien de l’ancien maire de Sélestat, Gilbert Estève, qui avait rejoint Jack Lang au ministère de la Culture, de créer une scène sans troupe. C’est ainsi qu’il crée la Choucrouterie, à Strasbourg. « Nous n’avions qu’une salle de 98 places. La seconde salle, de 71 places, fut inaugurée par Alan Stivell, plusieurs mois plus tard », raconte-t-il.

Cette salle, qui a conforté sa notoriété, lui sert aussi à lancer, chaque année, de nouveaux talents alsaciens. Mais « la bande de Roger Siffer » sillonne aussi, depuis 1985, les villages de la région, pour faire vivre le cabaret alsacien sur tout le territoire. Cette tournée d’été en était, cette année, à sa 31e édition, rencontrant le même succès populaire que les revues satyriques qui se succèdent sur la scène strasbourgeoise de la « Chouc’».
L'Alsace 28/08/2017



Discographie :


Krambol (2004)

en rupture

Papa Rhein (2000)

en stock

D'Beschte (1992)

en rupture

Liedle fer Kleini un Grossi (1980)

en rupture

Alsace au pluriel (1978)

en stock

Langsam dummle (1977)

en stock

Kandiratong (1976)

épuisé

Follig song (1974)

en rupture

Alsace à vendre (1973)

en stock

Mine G'sang (1972)

épuisé


Videos :

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