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Ronald Euler

Dernière mise à jour de la fiche :
le 06/11/2010, à 16h31

Biographie
C'est à Sarre-Union, Buckenum, que Ronald Euler vit. C'est là qu'il couche sur le papier ses joies et ses peines, ses colères et ses espoirs. Il vient de publier aux éditions Salde son second recueil de poèmes, Zwische schwarz un wiss.

Comme une grande majorité des dialectophones, Ronald Euler est « né dans le dialecte, a découvert le monde dans cette langue et c'est à l'école que j'ai appris le français. Tout ce que m'avaient partagé mes parents n'avait alors plus de place ! » Comme d'autres, c'est vers l'anglais qu'il se tourne à l'entrée au collège, « mais à l'université, j'ai engagé des études d'allemand. Lorsqu'en maîtrise il me fallait faire un mémoire sur un auteur germanophone, j'ai découvert Claude Vigée! » C'est alors un monde qui s'ouvre à lui, celui de la littérature dialectale riche et variée, engagée et plurielle. « A l'issue du travail, je voulais le partager, ne pas garder pour moi ce que j'ai ressenti à travers les 800 vers des Orties noires de Claude Vigée ! » C'est ainsi qu'il transcrit ce magnifique texte dans son dialecte francique et « qu'il l'apprend par coeur, pendant sept mois. J'ai proposé une soirée poétique, alors même que je ne m'étais jamais produit en public. Pour moi, c'était une véritable révélation ». La même année, « en Auvergne, j'ai écrit mes premiers textes en dialecte ». Envoyés à Adrien Finck, alors professeur de littérature allemande et poète lui-même, ses vers sont publiés dans la Revue alsacienne de littérature, ce qui encourage Ronald Euler dans son entreprise dialectale... « Le dialecte est la langue qui m'est la plus proche. Il fait partie de moi et me permet d'exprimer mon ressenti, mes douleurs et mes joies. Avec le français, la distance est plus grande. » S'il exprime « la beauté du monde et ce qui me procure des émotions », il ne manque jamais de crier aussi sa révolte « contre ce que je trouve injuste dans notre monde, ce qui me choque, dont on ne parle pas et qui présente des risques pour nous et nos enfants. » Poète engagé, il n'en reste pas moins lucide, « car je sais qu'à mon petit niveau je ne vais pas changer le cours des choses, mais en disant la vérité, j'espère éviter le pire pour mes enfants et tous ceux que j'aime ». Véritable travail d'extériorisation, de libération, l'écriture permet à Ronald Euler « de mettre mes idées en forme, et de les partager ».


Dans Zwische schwarz un wiss, il a choisi de donner une coloration trilingue à ses textes, « pour palier un problème de réception. Je crois qu'aujourd'hui, pour permettre une compréhension et une diffusion des textes, l'auteur n'a pas d'autre choix que de les transposer en français. Et pour moi, l'allemand est une option privilégiée pour offrir une ouverture transfrontalière plus grande encore ». Conscient que l'expression poétique se marginalise, « quelle que soit la langue utilisée, mais encore davantage lorsque l'on utilise, comme moi, le francique », cet Alsacien engagé, père de famille et enseignant ne se décourage pas pour autant. « L'écriture fait partie de ma vie. J'écris souvent, sans systématisme. A mon recueil de poèmes, j'ai voulu joindre une version audio avec des arrangements musicaux. Il n'y a que moi qui puisse lire mes textes dans mon dialecte. J'ai voulu les rendre vivants, qu'ils aillent de la bouche à l'oreille... » Et pour que ces mots restent audibles, à ses enfants notamment, Ronald Euler veut s'attacher à transmettre sa langue maternelle, « même si c'est difficile, car l'environnement est francophone. Les langues, à l'image de la biodiversité, souffrent de notre société. Que faisons-nous pour préserver cette richesse culturelle ? La société reconnaît-elle suffisamment nos dialectes et quelle place ont-ils à l'école ? Il faudrait une vraie politique linguistique adaptée à notre région pour préserver cette diversité, une chance pour la vie ! », et un appel qu'il n'a de cesse de relancer...


Christine Nonnenmacher




Discographie :


Zwische schwarz un wiss (2009)

en stock
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